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une femme clown: vous la faites attendre le retour d’un mari qui
vient de quitter son foyer pour s’en aller à la guerre.
Vous lui donnez comme distraction une machine à coudre,
des ciseaux, un mètre, et une quantité suffisante
de fil qui lui permette, tout en cousant et tout en enfilant l’aiguille,
de pouvoir oublier ses peines, et en même temps nous aider
à oublier les nôtres. Résultat? Une version
de la Guerre de Troyes qui n’a rien à envier à celle
de l’illustre Homère et où il n’y manque ni les
navires grecs, ni les citadelles inexpognables, ni les guerriers
héroïques et leurs batailles, ni les îles attentives,
ni les Calypsos voluptueses. Sans oublier le cheval qui donna
la victoire aux troupes grecques et rendit célèbre
son inventeur Ulysse. Il faut dire qu’ici, les victories ne se
fêtent pas avec de gigantesques sacrifices de bœufs
et d’agneaux afin de remercier les dieux, mais avec quelques coupes
de champagne. Il faut dire aussi que la sonnette de la porte et
quelque chanson populaire postérieure à Homère,
se superposent souvent au bruit de la mer et au fracas des troupes.
Et il est vrai, que même si la Pénélope en
question ne s’exprime pas en hexamètres dactyliques, et
qu’elle est plus effrontée et irrévérencieuse
que l’originale, elle nous soude à nos chaise avec sa poésie
dépouillée et laconique.
Mercedes Abad
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